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25 avril 2022

Sept questions à Marie-Ève Seguin, inhalothérapeute

Au Québec, plus de 4000 personnes exercent la profession d’inhalothérapeute (source : OPIQ). Mais, leur rôle reste encore peu connu. Rencontre avec Marie-Ève Seguin, inhalothérapeute à l’Association pulmonaire du Québec, pour en savoir plus sur ce métier à l’expertise unique : celle des soins cardiorespiratoires.

Propos recueillis par Maude Riout, coordonnatrice aux communications, Association pulmonaire du Québec. 

Bonjour Marie-Ève ! Tout d’abord, peux-tu te présenter en quelques mots ?

M-E.S : Je m’appelle Marie-Ève Seguin, je suis inhalothérapeute à l’Association pulmonaire du Québec depuis bientôt 4 ans. Je suis principalement en charge de la ligne d’information destinée aux patients, mais également à la population générale qui a des questions sur les maladies pulmonaires et toutes les causes environnementales. Je suis aussi en charge de développer du matériel éducatif, autant pour les patients que pour les professionnels de la santé. Dernièrement, nous avons développé une plateforme de jumelage téléphonique pour les patients atteints de fibrose pulmonaire idiopathique ; je suis également en charge de cette plateforme.

Peux-tu nous parler de ton parcours, de tes études pour devenir inhalothérapeute ? Ce métier était-il une vocation ou est-ce que tu t’y es intéressée plus tard ?

M-E.S : En secondaire 5, j’ai complété un test d’aptitude qui a conclu que l’un des métiers qui pourrait me convenir est celui d’inhalothérapeute. Je ne connaissais pas ce métier, ça a piqué ma curiosité donc j’ai lu la description proposée et ça m’a intéressée ! En 2005, j’ai passé mon diplôme et j’ai tout de suite commencé à travailler à l’hôpital Sainte-Justine, où je suis restée 13 ans. J’ai pu exercer en néonatalogie, aux soins intensifs, à l’urgence, aux étages. J’ai également travaillé en polysomnographie. Le fait de voir comment fonctionnent différents départements nous permet de garder nos compétences à jour. Il y a aussi beaucoup de particularité qui vont différer d’un département à un autre, surtout en pédiatrie !

Globalement, le service que j’ai le plus apprécié est celui des soins intensifs, car les patients demandent le plus de soins critiques. J’aime le défi de faire progresser les patients pour qu’ils se remettent sur pied le plus rapidement possible.

Dans ton métier d’inhalothérapeute, quelles relations as-tu avec les médecins ? Es-tu autonome sur l’ensemble de tes tâches ou dois-tu te référer à eux souvent ?

M-E.S : Oui, on a de l’autonomie, sauf sur certaines choses. On dépend de la prescription du médecin pour donner des traitements ou pour ajuster les paramètres sur le ventilateur qui permet au patient de respirer. Mais, c’est quand même une relation d’échange, c’est à dire que l’on reste les spécialistes de la ventilation. Souvent, les médecins vont écouter nos conseils, et vont prescrire selon notre opinion, car on connaît le patient, c’est notre domaine, notre champ d’expertise.

Au Québec, on compte environ 4 000 inhalothérapeutes. C’est un métier qui est encore peu connu et qui n’existe même pas dans certains pays comme la France par exemple ! Il est pourtant essentiel dans notre système de santé. On a d’ailleurs vu durant la pandémie l’importance des soins d’urgence au niveau du système cardiorespiratoire. Peux-tu décrire en quoi consiste ton métier et comment tu l’appliques au quotidien à l’Association pulmonaire du Québec ?

M-E.S : Sur notre ligne téléphonique par exemple, il y a beaucoup de personnes qui viennent de recevoir un diagnostic de maladie pulmonaire, et qui n’ont aucune idée de ce qu’est la maladie. Dans le bureau du médecin, elles sont tellement prises par leurs émotions qu’elles retiennent seulement le diagnostic et rien d’autre. Elles m’appellent, souvent désemparées, en me disant : « Je viens d’apprendre que j’ai telle maladie, qu’est-ce que c’est, quelle est mon espérance de vie, qu’est-ce que je peux faire pour m’améliorer ? ».

Dans ce cas, je renseigne ces patients sur la maladie, je revois avec eux ce qu’ils ont compris de la maladie, ce qu’ils ont compris de l’impact, dans leur quotidien, je leur donne des conseils, pour gérer leurs symptômes ou pour bien prendre leurs traitements…

On développe aussi toute une gamme de matériel éducatif : des dépliants, des guides, des tablettes informatives. L’objectif est de permettre aux professionnels de la santé de faire l’enseignement aux patients. Ce sont vraiment des choses qui sont appréciées, les professionnels de la santé nous le témoignent et le recommandent !

Je donne aussi des conférences aux groupes d’entraide virtuels, en lien avec les maladies, les traitements, les soins à domicile ou le radon par exemple.

Tantôt, tu as mentionné un programme de jumelage entre patients atteints de FPI que tu as développé avec l’aide de l’équipe santé de l’APQ. Peux-tu nous en dire plus sur cette plateforme de jumelage et de ton rôle au sein de celle-ci ?

M-E.S : La plateforme de jumelage s’appelle Un à Un. C’est un service unique au Québec pour les patients atteints de fibrose pulmonaire idiopathique. Je participe au recrutement des bénévoles et à la mise en relation entre les participants. L’objectif est de s’assurer que chaque nouvelle demande de jumelage correspond le plus possible aux critères du patient.

Je forme aussi les bénévoles à l’écoute active. C’est vraiment l’approche à privilégier quand on offre du jumelage téléphonique.

Lorsque tu renseignes la population qui compose le numéro gratuit 1 888 POUMON 9 pour parler à un professionnel de la santé, tu dois parfois répondre à des patients qui sont dans un état critique. Comment arrives-tu à prendre du recul par rapport à ces situations délicates ?

M-E.S : Lors de situations difficiles au téléphone, je suis solide, j’écoute, j’offre toute mon empathie, ma présence, ma bienveillance à la personne. Mais, après avoir raccroché, j’ai toujours besoin d’un moment de calme pour prendre le temps de vivre, à mon tour, mes émotions. Je me concentre aussi sur ce que j’ai apporté à la personne. Je me dis que la situation que la personne vit est difficile, mais mon intervention a pu lui apporter quelque chose de bénéfique.

À contrario, l’un des sentiments que j’aime le plus, c’est lorsqu’une personne appelle découragée (parce qu’elle souffre d’asthme et qu’elle a des symptômes persistants par exemple) et, qu’ensemble, on prend le temps de revoir ses traitements et on se rend compte que la prise de médication n’est peut-être pas optimale. Parfois, les gens sont à la recherche de traitements révolutionnaires, ils veulent se faire opérer, participer à des études, à des recherches pour finalement se rendre compte qu’ils ne prennent pas leur médicament comme prescrit.

On a beaucoup comparé les professionnels de la santé à des anges gardiens, des super-héros. Si tu avais un super pouvoir, quel outil souhaiterais-tu inventer pour t’aider dans ta pratique ?

M-E.S : Dans ma pratique d’inhalo, c’est difficile de répondre, car la plus grande difficulté c’est l’accès au diagnostic, l’accès à un traitement équitable. Je dirais peut-être une manette pour raccourcir les délais d’attente 🙂