Fibrose pulmonaire idiopathique
On a longtemps pensé que la cicatrisation du tissu pulmonaire, qui caractérise la FPI, était le résultat d’un mécanisme inflammatoire chronique. Des données plus récentes indiquent que les poumons des personnes atteintes de FPI ne présentent pas les signes habituels d’inflammation. On pense plutôt que la cicatrisation de leurs poumons est le résultat d’un autre mécanisme plus subtil qui différencie la FPI de la fibrose pulmonaire (non idiopathique).
Chez les personnes atteintes de la fibrose pulmonaire (non idiopathique), la cause de la cicatrisation est connue. Par exemple, lors d’une exposition prolongée à des fines particules de minéraux, celles-ci peuvent se loger profondément dans les poumons et détruire les alvéoles, petits sacs au bout des poumons qui permettent à l’oxygène d’entrer dans le sang et au CO2 de sortir. Le corps perçoit ces minéraux comme des agresseurs et en réponse à cette agression, une inflammation chronique apparaît parfois au niveau des poumons.
L’inflammation est un mécanisme de défense utilisé par le corps pour se protéger. Par exemple, lors d’une coupure (l’agresseur), la peau devient rouge, chaude, enflée et douloureuse (mécanisme de défense). C’est une réaction typiquement inflammatoire qui empêche les bactéries d’entrer dans le sang par la plaie et qui fait appel à différentes cellules pour aider à la réparation de la peau. Normalement, l’inflammation disparaît une fois la blessure guérie, mais dans le cas de la fibrose pulmonaire elle est permanente, d’où l’appellation d’inflammation chronique.
Cette inflammation chronique a pour conséquence de créer du tissu cicatriciel dans les poumons. Cette cicatrisation provoque l’épaississement et le durcissement du tissu pulmonaire entre les alvéoles, ce qui rend le passage de l’oxygène difficile. Avec le temps, les poumons deviennent plus rigides et rendent la respiration des personnes atteintes plus difficile.
Pour illustrer ce concept, prenons l’exemple d’une éponge sèche. Elle correspond à un tissu pulmonaire cicatrisé et rigide caractéristique de la fibrose pulmonaire. Elle est très difficile à compresser et très peu flexible, comme les poumons d’une personne atteinte de fibrose pulmonaire. Dans de telles conditions, les poumons bougent difficilement en raison du tissu pulmonaire cicatrisé, ce qui rend la respiration plus difficile.
Dans ce même exemple, une éponge mouillée correspond à un tissu pulmonaire en santé. Elle peut être compressée facilement et reprend rapidement sa forme initiale. On peut comparer les mouvements fluides de cette éponge à ceux de poumons en santé, c’est-à-dire que la respiration n’est pas contrainte.
Chez les personnes atteintes de FPI, ce processus est un peu différent, car il n’y a pas de processus inflammatoire qui peut expliquer l’apparition de la cicatrisation des poumons comme dans les cas de fibrose pulmonaire. Qu’est-ce qui peut expliquer alors l’apparition de la cicatrisation chez les personnes atteintes de FPI? En résumé, les chercheurs soupçonnent qu’un agresseur inconnu endommage le contour des petits sacs alvéolaires et que la cicatrisation serait causée par un déséquilibre dans la réparation du contour de ces petits sacs. Cela permet d’expliquer l’apparition de la cicatrisation sans processus inflammatoire. Ce dernier point aide à différencier les personnes atteintes de FPI de celles atteintes de la fibrose pulmonaire et à trouver des traitements spécifiques à chaque maladie.
Causes
On ne connaît pas les causes de développement de la FPI. Toutefois, lorsqu’on étudie la population qui en est atteinte certains facteurs de risque semblent être présents. En effet, le tabagisme, l’exposition à des polluants environnementaux et les infections pulmonaires sont des caractéristiques que l’on observe souvent chez les personnes atteintes de FPI.
De plus, on observe souvent un historique de reflux gastro-œsophagien chez ces patients, bien que le lien entre ces deux conditions soit encore mal compris. Des facteurs génétiques pourraient être impliqués dans l’apparition de la fibrose pulmonaire idiopathique. En effet, des cas de fibrose pulmonaire familiale sont occasionnellement rencontrés.
Signes et symptômes
Les symptômes de la FPI sont peu spécifiques et peuvent ressembler à ceux des autres fibroses pulmonaires et même d’autres maladies pulmonaires :
- Un essoufflement inhabituel au cours d’un effort physique qui devient permanent
- Une toux sèche
- Une perte d’endurance
- Une perte d’appétit
- La fatigue
- Une perte de poids
Par la suite, peuvent apparaître :
- Une diminution de la tolérance aux activités quotidiennes
- Un essoufflement sans effort physique, en mangeant, en parlant ou simplement en se reposant
- Une cyanose (coloration bleutée des lèvres, des ongles et parfois de la peau, causée par une oxygénation insuffisante des tissus)
- De l’hippocratisme digital (une déformation des doigts leur donnant l’allure de baguettes de tambour)
Les personnes atteintes de la FPI peuvent aussi vivre des épisodes d’exacerbation aiguë. Ce sont des épisodes de détérioration rapide où les symptômes sont aggravés. Elles n’auront pas toutes des exacerbations aiguës, mais il est important de savoir en reconnaître les symptômes, lesquels peuvent comprendre :
- Une plus grande difficulté à respirer qui survient soudainement et rapidement. Vous pourriez remarquer que respirer vous demande plus d’effort que d’habitude et que votre état ne semble pas s’améliorer.
- Une toux qui s’aggrave.
- De la fièvre ou des symptômes semblables à ceux de la grippe (telles que des courbatures).
Pour mieux comprendre ce qui se produit lors d’une exacerbation, comparons la FPI à la braise d’un feu de camp. Lors d’une exacerbation, cette braise se transforme en flamme très intense et le feu de camp est soudainement incontrôlable. Tout comme il est important d’éteindre les flammes d’un feu rapidement, il est important pour les personnes atteintes de FPI d’établir un plan d’action pour être en mesure de prendre en charge rapidement les symptômes de l’exacerbation.
Dans une telle situation, il est important de communiquer immédiatement avec votre équipe de soignants pour qu’elle vous prenne en charge. De plus, bien que la maladie soit progressive, la rapidité à laquelle elle évolue n’est pas la même pour chacun comme l’illustre le graphique ci-dessous.
Diagnostic
Les démarches vers un diagnostic de FPI peuvent être longues et ardues. Cela s’explique par la ressemblance de symptômes de la FPI avec certaines maladies cardiaques et d’autres maladies pulmonaires qui sont plus courantes.
Les premiers examens qui permettront d’orienter le médecin vers une FPI sont la radiographie pulmonaire et les tests de fonction respiratoire.
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Radiographie pulmonaire
La radiographie sera toujours anormale chez les personnes atteintes de FPI. Par contre, cet outil manque de précision et ne permet pas d’expliquer ces anomalies. Pour établir un diagnostic précis il faut continuer l’investigation avec d’autres tests.
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Tests de fonction respiratoire
Les tests de la fonction respiratoire sont fréquemment utilisés pour mesurer l’évolution de l’atteinte pulmonaire. Lors du test de spirométrie, on constate une réduction de la capacité pulmonaire, ce qui démontre une restriction au niveau pulmonaire. Le test de diffusion permet de démontrer que les gaz qui diffusent à travers la paroi des alvéoles sont diminués. Des prélèvements sanguins artériels et veineux sont fréquents et permettent de quantifier le manque d’oxygène dans le sang et d’éliminer d’autres pathologies. Un test à la marche peut aussi être effectué pour mesurer la désaturation à l’effort. Par la suite, un élément essentiel consiste à une biopsie pulmonaire peut être envisagée.
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Tomodensitométrie (TDM)
Cet outil précis permet de voir les poumons en 3D grâce à de multiples clichés radiographiques assemblés par ordinateur. À ce stade, il sera possible de confirmer un diagnostic de fibrose pulmonaire et d’évaluer l’étendue de la maladie. Sur une TDM, la fibrose pulmonaire se reconnaît, entre autres, par la présence de changements en forme de nids d’abeilles. Si le diagnostic n’est pas clair à la TDM, une biopsie pulmonaire peut être envisagée.
TDM haute résolution des poumons d’un patient atteint de FPI. La principale caractéristique est la formation de « nids d’abeille » pointées par les flèches en rouge -
Test de marche de 6 minutes (TM6)
Le test de marche de 6 minutes a pour objectif de mesurer votre tolérance à l’effort, mais également de mettre en évidence et de quantifier la baisse du taux d’oxygène à l’effort.
Plusieurs paramètres sont évalués avant de débuter le test tels que : votre pression artérielle, votre essoufflement, votre fatigue, votre fréquence cardiaque et votre saturation.
On vous demande ensuite de marcher la plus longue distance possible pendant 6 minutes. Pendant ces 6 minutes, votre distance parcourue, vos arrêts, votre fréquence cardiaque et votre saturation sont observés.
Une fois les 6 minutes écoulées, votre distance parcourue, votre essoufflement, votre fatigue, votre fréquence cardiaque et votre saturation sont encore une fois évalués. Le temps nécessaire pour que toutes ces valeurs reviennent à leur niveau avant le test est également évalué.
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Autres tests
D’autres tests peuvent être effectués, par exemple une échocardiographie transthoracique pour détecter la présence d’hypertension pulmonaire ou encore une biopsie pulmonaire afin d’identifier la cause de la fibrose pulmonaire.
Traitements
Il est difficile pour les spécialistes de traiter la fibrose pulmonaire idiopathique (FPI). Présentement, il n’existe pas de traitement permettant de guérir la FPI, ils visent plutôt à ralentir la progression de la maladie et à prendre en charge les symptômes. Parmi les traitements, on peut retrouver :
- Les anti-fibrotiques
- Les anti-inflammatoires
- La rééducation respiratoire
- L’oxygène
- La greffe pulmonaire
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Les anti-fibrotiques
La recherche sur de possibles traitements s’est accentuée et évolue rapidement. Jusqu’à maintenant, deux médicaments, la pirfenidone et le nintedanib ont démontré une efficacité thérapeutique dans le ralentissement de la progression de la maladie.
La pirfenidone, exerce à la fois des effets anti-fibrosants et anti-inflammatoires. Le nintedanib vise aussi à ralentir la progression de la maladie et à réduire le risque d’exacerbations aiguës. Vérifiez auprès de votre médecin votre éligibilité à ces traitements.
Plusieurs médicaments pour traiter la FPI sont présentement à l’étude. Le fruit de ces recherches pourrait bientôt se traduire par de nouvelles thérapies.
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Les anti-inflammatoires
Les anti-fibrotiques sont les médicaments les plus utilisés dans le traitement de la FPI. Toutefois, il est possible que le médecin vous prescrive des anti-inflammatoires, ils sont surtout utilisés lors des épisodes d’exacerbation aiguë.
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La réadaptation pulmonaire
Les programmes de réadaptation pulmonaire offrent une prise en charge globale qui tient compte autant de l’impact psychologique, que de l’impact social et physique de la maladie. Les personnes inscrites participent à des séances données par une équipe interdisciplinaire de professionnels de la santé qui offrent des interventions sur des thèmes variés (exercice physique, nutrition, technique de respiration, principe de conservation de l’énergie, etc.) Un programme d’exercices adapté à la condition de la personne atteinte de FPI renforcera les muscles respiratoires et améliorera sa qualité de vie.
Le centre de réadaptation pulmonaire Inspir’er, situé dans les locaux de l’Association pulmonaire du Québec, offre gratuitement un programme complet de réahttps://poumonquebec.ca/programmes-et-services/readaptation-pulmonaire/daptation pulmonaire. D’autres centres proposent également des programmes similaires. Pour en savoir davantage sur ce programme ou connaître les endroits qui proposent un tel programme près de chez vous, contactez-nous au 1-888-POUMON-9 (768-6669), poste 222.
Toutefois, tous n’ont pas la chance d’avoir ce type de centre à proximité de leur domicile ou encore d’avoir un moyen de transport pour s’y rendre. Notre équipe a donc spécialement conçu un guide d’entraînement pour les gens atteints de maladies respiratoires.
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L’oxygène
Lorsque la fibrose pulmonaire progresse, il arrive parfois que les poumons n’arrivent plus à effectuer les échanges gazeux adéquatement et, par conséquent, que vous manquiez d’oxygène dans votre sang. Ce manque d’oxygène se traduit par une augmentation de l’essoufflement et une diminution de la tolérance à l’effort. Dans une telle situation, le médecin pourrait recommander de suivre un traitement d’oxygénothérapie afin de vous aider dans votre quotidien. Informez-vous auprès de votre médecin afin d’en apprendre davantage sur l’oxygénothérapie.
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La greffe pulmonaire
La greffe pulmonaire est une intervention chirurgicale très délicate, c’est la raison pour laquelle elle est offerte à un petit nombre de patients seulement. Pour y être admissible les personnes doivent remplir plusieurs critères très précis. Informez-vous auprès de votre médecin afin de savoir si vous êtes un candidat pour la greffe pulmonaire.
Dans le traitement de la FPI, il est aussi très important de prendre en charge toutes les comorbidités (problématiques de santé autres) qui pourraient être présentes en plus de la maladie. Par exemple :
- Le reflux gastro-œsophagien
- Les maladies cardiovasculaires
- La maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC)
- L’apnée du sommeil
Conseils et prévention
Il est important de parler régulièrement avec votre pneumologue pour suivre l’évolution de votre maladie et connaître les avancées en recherche et développement de nouveaux médicaments. Il est également fortement recommandé pour les patients atteints de la fibrose pulmonaire idiopathique d’éviter la cigarette, de demeurer actif en faisant de l’exercice physique selon sa capacité, et d’adopter une alimentation qui inclut davantage de fruits et légumes riches en antioxydants.
Voici quelques conseils qui pourraient améliorer votre qualité de vie :
- Arrêter de fumer. Si vous souhaitez participer à un programme de cessation tabagique ou souhaiter obtenir de l’aide téléphonique, contactez-nous au 1 888 POUMON-9 poste 234.
- Traiter rapidement les infections respiratoires.
- Adopter une alimentation riche en fruits et légumes.
- Se faire vacciner contre la grippe et le pneumocoque.
- Demeurer actif.
Lors de temps chauds, par exemple lors de canicules, pensez à garder votre habitation fraîche en ouvrant les fenêtres seulement la nuit, en gardant les rideaux fermés ou encore en vous procurant un climatiseur. Par ailleurs, dans certains cas, l’achat d’un climatiseur est éligible à un crédit d’impôt fédéral.
Pour en connaître davantage sur la fibrose pulmonaire idiopathique, nous vous invitons à visionner la conférence du Dr André Cantin, pneumologue spécialisé en FPI, sur notre chaine YouTube.

La fibrose pulmonaire idiopathique : À la recherche de meilleurs traitements | 33:27
Écouter
Aide
L’Association pulmonaire du Québec offre des groupes d’entraide pour les gens souffrant de maladie pulmonaire ainsi qu’une ligne téléphonique d’informations sans frais du lundi au jeudi de 8h à 16h30 et le vendredi de 8h à 12h
Saviez-vous que
L’Association pulmonaire du Québec offre des services directs à la population dont la plateforme Un à Un, une plateforme de jumelage téléphonique entre patients atteints de fibrose pulmonaire idiopathique. Créée en mai 2021 pour répondre au besoin exprimé par plusieurs patients, la plateforme met en relation des bénévoles qui souhaitent offrir leur soutien et des patients ou des proches aidants concernés par la maladie.
Révision mai 2022